J’aime comme il me regarde

J’aime comme il me regarde.

Quand il sourit, là, comme ça, des rides apparaissent. Elles partent du bord de ses yeux et courent vers ses tempes.

Elles n’étaient pas là, ces rides, il y a 18 ans.

18 ans. De hauts, de bas, de séparations, d’accrocs, d’aveux, de lui, de moi.

« Tu penses à quoi quand tu me regardes comme cela ? »

« Que tu es belle »

« Tu te fous de moi ! »

Il ferme les yeux, il est vexé, il me prive de son regard.

« Ok, boude pas, j’accepte le compliment »

Il sourit, les rides réapparaissent. J’ai envie de les caresser du doigt. De les suivre et de me perdre.

« Tu sais, tu deviens encore plus beau au fur et à mesure que tu vieillis… »

Il ricane. Il n’ose pas me dire que je me fous de lui.

Je ne me moque pas pourtant. Je pense ce que je dis, vraiment.

Ca change, un homme, en 18 ans…

« Tu me prends dans tes bras ? »

L’éclat de son regard, la longueur de ses cils… et ces rides qui donnent envie d’y accoler les lèvres.

Où serons-nous dans 15 jours, dans 15 ans ?

Ceci n’est pas une déclaration d’amour. C’est l’état des lieux d’un couple C à un moment M d’une vie V :

j’aime comme il me regarde…

Je suis contre les hommes… tout contre.

J’ai cette petite phrase, plagiée d’une grande phrase d’un des plus énormes misogynes-amoureux des femmes que je connaisse (oui, oui, on peut être misogyne et amoureux des femmes, Sacha Guitry le prouve), qui me trotte dans la tête depuis hier soir.

Je ne savais pas très bien pourquoi d’ailleurs. C’est un peu un état d’âme latent chez moi. Etre contre les hommes… tout contre. J’ai été contre pas mal d’hommes, là, cette dernière année, j’avoue. Vraiment bien contre. Blottie au creux de leurs reins mais avec une folle envie de mordre ou de griffer.

Mais depuis ce matin, c’est pire encore. Obligée que j’étais de traîner sur les réseaux sociaux pour le boulot (voui, j’aime mon boulot, je l’ai déjà dit, ça ?), j’ai pu voir défiler des centaines de tweets, de remarques, d’articles, de dessins, de statuts Facebook plus… hallucinants les uns que les autres.

Lourds, injustes, gras, débiles, désinformés, blessants, les mots me manquent pour qualifier ces remarques. Postées par des hommes, en grande partie. Mais pas que. Les femmes aussi se permettent d’être pathétiques, parfois. Pour finir, à ce niveau, on est vraiment bien égaux, pas de doute !

Faut avoir l’estomac bien accroché (ou aller se la jouer Blanche-Neige et se perdre au fin fond de la forêt, histoire de n’avoir accès à aucun média) quand on est une femme le 8 mars ! Ou alors, avoir un humour à toute épreuve. D’humour, je n’en manque pas, mais, heu, certaines choses me font bien moins marrer que d’autres.

Résultat, au bout d’une demi-journée à ce régime, j’avais surtout envie d’écrire un texte s’appelant « Comment le féminisme vient aux femmes (aka passez le 8 mars sur Twitter, vous deviendrez chienne de garde ET membre d’honneur de Ni Putes, Ni Soumises dans la seconde et pour le restant de vos jours) ». Mais j’ai gardé mon titre initial en pensant…

JE SUIS CONTRE LES HOMMES.

(pour finir, c’est bon qu’à baiser, un homme. Oh et à passer l’aspi si son neurone est remonté dans son cerveau pour comprendre comment ça fonctionne. Et allez, après, il peut sortir les poubelles, faut avouer, il fait ça bien)

Et puis je me suis demandée pourquoi ces messieurs se sentaient agressés comme cela. Car, de fait, leurs blagues nunuches et premier degré, elles sortent parce que ça les chatouille. Qui plus est, j’ai pu remarquer que certains hommes, eux, ne trouvaient pas cette journée « nulle », « inutile » ou « débile »… Au mieux, elle les intéressait (c’est le moment ou jamais de s’intéresser aux actions en faveur des femmes qui ont, elles, lieu 365 jours par an, hein), au pire, les laissait indifférents. Ils ne se sentaient pas agressés par l’affaire, eux.

Me suis donc mise à la place de certains. Me suis dit que, ben, selon la sensibilité de chacun, ce n’était pas plus facile à porter pour eux que pour nous, cette fameuse journée. Mettons-nous à leur place deux secondes. Difficile de s’entendre dire que la compagne de votre vie est une vraie oppressée quand, hein, on a déjà cette impression qu’elle a tout, qu’on fait de son mieux pour qu’elle ait plus encore (et je le crois sur parole) et qu’on se demande quelle est la place du mec dans toute cette affaire.

Je l’écrivais déjà l’année passée : c’est quoi la place de l’homme dans notre société ? Face à ces wonderwomen qui assument boulot, maison et gamins, qui crient haut et fort qu’un bon gode vaut mieux qu’un mauvais amant, qui gagnent leur vie tout aussi bien que leurs collègues, qui virent un mec de leur vie sans préavis si ce dernier ose afficher un petit défaut de construction…

Elle est où, leur place, aux hommes ?

Contre les femmes, tout contre ? comme le disait Guitry ?

Ou plutôt à leurs côtés car l’union fait la force (yééééé, on remarquera que mon côté patriotique a réussi à placer la devise moribonde de mon beau pays, ce qui est un exploit par les temps qui courent !) ?

Car, pour finir, célébrer la femme ne veut en rien dire qu’on conchie les hommes ! Personne n’a jamais dit qu’ils étaient responsables de tous les maux de cette dernière !

Messieurs, si nous sommes contre vous, c’est tout, tout, tout, tout contre. Blotties dans vos bras, perdues dans votre souffle, accrochées à vos yeux.

Oui, vraiment contre vous, tout contre.

Et cette journée de la femme, c’est avec vous qu’on la célèbre. Avec votre voix, votre amour et votre éclairage.

Pour finir, qui aime le plus parler des femmes si ce n’est les hommes ? (et vice-versa d’ailleurs)

Donc, non, on ne vous demande pas un bouquet de roses ce soir, ni une bouteille de champ, ni même que vous fassiez la vaisselle… Mais on demande, oui, que les actions en faveur des femmes, que les ignominies commises contre elles, que les inégalités qui existent encore aient pour une fois, pour un jour, une tribune. Ces infos ont peu accès aux médias les autres jours de l’année, réjouissons-nous tous ensembles qu’elle y aient accès aujourd’hui.

Et pour le reste, restez comme vous êtes. Si on vous aime, c’est comme ça, changez pas !!!

PS: et si certains/certaines se demandent encore pourquoi une telle action est utile un jour par an (c’est trop peu, on est d’accord), je les invite à aller faire un tour sur les blogs de mes consoeurs, lire des textes qui m’ont particulièrement touchée en cette fameuse journée

Une journée de la Femme qui a le goût du sang chez Ioudgine

La journée de la femme qui aime les hommes (aka Boobs day) chez Madame Kevin

La trajectoire d’une Femme d’aujourd’hui chez Doudette

Et ce ne sont que trois petits exemples parmi des tonnes de beaux textes écrits en ce 8 mars…

Et si on procréait, toi et moi ?

Cette chanson est un grand moment de mon adolescence : je devais avoir 12 ans, mon frère, 8, et nous la chantions à tue-tête continuellement. Le but du jeu était de la chanter le plus vite possible en ne se plantant pas une seule fois dans les paroles. Je vous mets au défi de faire pareil, c’est un vrai tour de force et faut bien avouer qu’en toute modestie, on maîtrisait l’affaire (au grand dam de mon père qui n’était pas un fan forcéné de Jean-Jacques Goldman. C’est rude, la paternité, des fois).

Je ne l’avais plus écoutée depuis des années, puis je me la suis remise dans les oreilles en écrivant certaines parties d’Etats d’âme. C’était pile en phase avec mon sujet, forcément. Et j’ai été étonnée (l’Homme aussi, à ses oreilles défendantes : les hommes de ma vie ne sont décidément par très réceptifs à la prose de JJG) de voir combien je connaissais encore toutes les paroles par coeur. Et que je savais les chanter très vite.

Sauf que, là, elles sonnaient différemment.

Chanter cette chanson à 12 ans tenait juste du concours. La chanter à passé 30 ans devenait réaliste.

Mais justement, réaliste en quoi ?

« Fais des bébés ». Wé. Ben c’est normal, on vient sur Terre pour ça, en gros.

Ben ça, c’est pas toujours évident…

Il y a pile un an, le magazine Philosophie titrait « Pourquoi faisons-nous des enfants ?« . Attirée par ce titre inattendu et peu glamour (on préfère tous parler plus de sexe que de procréation, non ?), j’ai acheté le magazine (au passage, on applaudit et on remarque que dans cet article-ci, je ne vous parlerai pas du Psychologie, intention louable s’il en est). Ils y mettaient les résultats d’un sondage: Pourquoi faisons-nous des enfants.

Les résultats les étonnent. De fait, comme ils le disent eux-même, il y a 50 ans, on ne faisait pas des enfants, on en avait. La question ne se posait donc pas. Aujourd’hui, avec l’avènement de la pilule, et de nombreux autres moyens de contraceptions, c’est clairement devenu un choix. Et qui dit choix, dit réflexion. Et qui dit réflexion, dit arguments « pour » et arguments « contre ». Et ça se complique.

 

Dans ma petite tête, l’argument le plus « pour » possible est notre animalité. De fait, contre cela, on ne peut lutter, même si transcender cette animalité est le propre de l’être humain. J’ai d’ailleurs eu un échange très intéressant à ce sujet avec un monsieur dont les arguments et analyses sont, certes, peu romantiques mais très éclairants. De fait, l’animalité guide encore énormément nos pas en ce qui concerne le choix de nos partenaires sexuels et, donc, potentiels « reproducteurs ».

Et c’est ce qu’a corroboré un jour, un de mes collaborateur-copain (on va l’appeler comme ça, je sais jamais dans quelle catégorie le classer, c’est pénible, les petites boîtes !) en m’accueillant pour un lunch boulot avec un joyeux:

« Ha ben oui, les hommes sont et restent des animaux, ils flashent sur les filles avec lesquels ils pourraient se reproduire, en fait ! »

Etant une fille avec une éducation un brin traditionnelle (entendez par là que quand je rencontre un collaborateur boulot, je l’accueille plus volontiers avec un « Bonjour, comment ça va, toi ? » qu’un « Hé salut, tu sais que si tu flashes sur moi, c’est parce que je suis fort probablement celle qui te permettra de procréer ? »), j’ai été un chouïa mal à l’aise mais… avec le temps et la réflexion, il faut bien avouer qu’il n’a pas tort du tout.

Mais j’imagine que ce gentil garçon (déjà papa, par ailleurs) a réfléchi plus loin et autrement son envie de descendance qu’en se disant justement « je flashe, je procrée ». 

Et de là, ma question: Pour quelle(s) raison(s) un homme désire-t-il et fait-il un enfant ?

Qui plus est, lors de nos échanges avec Cousin Baudouin concernant le projet BS (plus d’info et ), on s’est aussi clairement posé la question (et je précise tout de suite, non, Cousin Baudouin et moi n’avons pas l’intention de procréer ensemble, on se pose cette question pour l’amour de l’art, tout simplement).

Résultat, j’ai mis la question sur mon profil Facebook et sur Twitter.

Et j’ai pu recueillir nombre de réponses d’hommes bien intéressés par le sujet (je les en remercie encore, d’ailleurs). Ce qui m’a étonnée, mon postulat de départ étant que le désir d’enfant est fondamentalement féminin et que l’homme fait un enfant à la femme pour lui faire plaisir à elle, d’abord. Ben nan, circulez, j’ai tout faux. Et ouf, en fait.

La femme aujourd’hui a le choix de faire des enfants… ou pas. Et, du coup, l’homme aussi a ce choix. Enfin, je veux dire qu’il doit lui aussi se positionner par rapport à ce désir ou ce non-désir (car du non-désir, ça existe, certains le revendiquent d’ailleurs et je trouve cela intéressant: « Le refus d’enfanter est l’avenir de l’homme« ) . Et cela lui donnera les arguments pour convaincre sa compagne, puisqu’elle peut ne pas en avoir envie du tout, elle aussi. 

J’ai été touchée par les réponses que les hommes m’ont données. Et dans ces réponses, certains évoquaient leur besoin de descendance, de perpétuer les gènes (et donc parlaient de leur animalité et je trouve cela sain et honnête) mais pas seulement. Ils abordaient les échanges, les caresses, les regards, les fou-rire,…

J’ai juste envie de poser là certaines de leurs phrases (sans nom, mais ils se reconnaîtront):

« Pour connaître le bonheur de voir une petite chose, sourire, se sentir en sécurité sur le ventre de son père! »

« Pour une raison très égoïste: refuser l’idée de vieillir sans enfants et petits-enfants qui tournent autour de moi… »

« Pour avoir un prétexte de rester un enfant , ou pour voir grandir les traits d’une personne qu’on aime déjà … »

« Parce qu’au fond de nous on adore pouponner et que c’est vachement plus interactif que tous les gadgets du monde! »

« Pour assurer une forme d’immortalité »

« Pour laisser une trace de son ADN sur cette planète »

« Pour perpétuer les gênes, comme les animaux… de la meme manière que les femmes choisissent les hommes les plus forts (selon plusieurs critères) pour, ensemble, former un environnement où les petits pourront se développer et perpetuer les gênes à leur tour… »

« Il suffit d’entendre un rire d’enfant (et mieux, en être la cause ) pour être converti »

« L’envie d’un projet de couple, de construire qqchose sur le long terme, de rechercher la continuité »

« Pour le plaisir de créer un truc à deux, pour pouvoir jouer avec plein de trucs débiles avec une bonne excuse »

Et je remercie aussi ceux qui ont donné leurs arguments pour ne PAS en avoir. Parmi les réponses que j’ai reçues (d’un échantillon tout-à-fait NON représentatif, hein, on était sur Twitter et Facebook, pas dans un institut de sondage !), ils étaient les moins nombreux mais certainement pas les moins réfléchis, ni les moins concernés (et j’en déduis un peu que ne pas faire un enfant est vraiment un choix auquel qu’on réfléchit sérieusement, non ?). Il y a donc des hommes qui flashent sur des femmes mais qui ne leur demanderont pas forcément de procréer. C’est une nouvelle que j’estime agréable ! Hé, hé.

Et je remarque aussi que l’Homme n’est pas un extra-terrestre parmi ses semblables. Le petit de l’Homme, il l’a désiré et rêvé. Même en animal. Il est passé du lion au papa-poule. Et c’est extra…

La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?

Réaction face au billet que Cousin Baudouin a commis pour la Journée de la femme.

Une Journée de la Femme est-ce donc si utile ?

Ben voyons…

A l’heure où l’on vous sort des conseils pour bien faire l’amour à un homme (prenez-en de la graine, mesdames, z’êtes nulles au pieu, z’avez besoin de conseils !), où les réactions masculines face à cette journée ont été du « ha, c’est leur journée, elles vont nous foutre la paix ? » au « et la journée des hommes, c’est quand ? », où des femme meurent encore et toujours pour cause de violence conjugale, où le ELLE nous dit qu’on est toutes des mal-baisées, où le salaire brut des femmes est encore de 25% inférieur à celui des hommes,… Moi, je vous dis que le Mouvement Ni Putes ni Soumises a clairement de beaux jours devant lui !!!

Et, dans tout ça, je ne parle même pas des mariages forcés, de l’excision, du viol et autres « détails » qui se passent ici, quasi sous nos yeux, dans notre joli pays où pourtant nous sommes tous et toutes parfaitement égaux, hein !

Elle est belle, l’émancipation de la femme. Il est plutôt rude, le constat !

Bref, remontée contre ces hommes qui, décidément, ne comprennent rien à rien, n’ouvrent pas les yeux sur le monde qui les entoure (notez, ils ne sont pas les seuls: beaucoup de filles ne voient pas l’utilité d’une telle journée d’action, surtout les jeunes filles qui ne sont pas encore sur le marché du travail et qui n’ont pas encore pu constater que leur carrière/salaire/aspirations professionnelles n’allaient pas franchement suivre la même pente ascendante que leurs potes de fac, et ne me jetez pas la pierre, j’étais la première à n’en avoir rien à fiche à 20 ans !), toute prête à rentrer au Carmel que j’étais (c’est dire mon état de désespoir), je suis tombée nez-à-nez au détour d’un rayon de Filigranes avec le magazine Psychologies (on remarquera le haut niveau littéraire de ce billet, j’aurais pu vous citer des écrits philosophiques, des thèses d’université et tutti quanti, non, non, je vous parle du Psychologies ! C’est ça la vulgarisation, ça, madame !) qui titrait, en grand:

COMMENT AIMENT LES HOMMES

Ha.

Bonne question.

Ai ouvert le magazine. L’ai feuilleté. L’ai acheté dans la foulée, tiens.

Et j’ai tout lu.

Tout. La peur des hommes de mal faire. Leur peur de ne plus être à la hauteur. Le besoin des hommes d’absolu. Leur envie de faire/donner du plaisir (lisez pas le ELLE de mars, les gars, ça va vous faire mal, là !). Leur recherche de leur place dans cette nouvelle configuration de couple/famille. 

Les hommes déboussolés.

Les hommes qui se réinventent.

Les hommes qui cherchent.

Et ceux qui se perdent…

Ouchlàààà…

Un moment de vie m’est revenu en mémoire : j’étais en boîte, un soir, il  a deux-trois mois. Perchée à l’étage, je scrutais les gens en bas, dans la salle (jeu que je vous recommande, très instructif et extrêmement souvent hilarant)  quand mon regard est tombé sur une jeune femme, au milieu de la foule. Elle était seule (règle numéro un en boîte: ne pas y aller seule, dans la foule, on se sent plus seule encore !). Droite comme un i et agrippée à son sac (règle numéro deux: lâcher son sac en boîte, il n’a jamais sauvé personne du naufrage). Et tout en elle puait la solitude et la détresse. A vous en couper le souffle. J’ai arrêté de jouer. Strike, toutes les quilles se sont couchées. Mon copain Fred s’est approché et je lui ai montré la fille:

« T’as vu, là ? La fille, on dirait qu’elle va fondre en larmes à chaque respiration. »

Remontée que j’étais contre les hommes (et, je l’avoue, de retour d’un séminaire vachement bien ficelé qui m’avait exposé le nouveau féminisme – excellent-), j’ai explosé « Ben voilà, tu vois, la solitude, c’est encore pour les femmes !  »

C’est Brel qui chantait (dans « Orly »): « Elle vivra de projets, qui ne feront qu’attendre, là revoilà fragile, avant que d’être à vendre » 

A vendre, seule, cette nana était à vendre…

Et c’est à cet instant que, tout doucement, tendrement, Fred s’est penché vers moi et m’a calmement glissé à l’oreille « Regarde, là » en me montrant du doigt un homme à quelques pas derrière la fille, appuyé contre une table, le regard dans le vide.

Le même regard. Fait de détresse et de fragilité, un regard d’homme qui boit la tasse (on constatera, au passage que, comme un homme n’a pas de sac, il a besoin d’une table pour éviter de couler !).

Et cette solitude. Prégnante, puissante !

Une chose m’est apparue avec énormément de clarté: s’il est bien un domaine dans lequel hommes et femmes sont rigoureusement égaux, c’est la solitude. Face à elle, les distinctions de sexe ne tiennent pas la route une demi-seconde. Hommes et femmes ont besoin les uns des autres.

Certes les femmes ont une claire nécessité d’avancer sur le chemin de l’émancipation et du respect encore et encore, sans relâche. Mais, réfléchissons…

Tout homme est le fils d’une femme. Et si les mères (dont je suis) montraient le chemin à leurs fils ? Si elles faisaient d’eux des hommes qui se respectent, qui se trouvent, qui se réinventent ?

Pour finir…

Et si tout simplement l’émancipation de la femme passait par celle de l’homme ?

On a le changement de la face du monde au creux de nos ventres, les filles, il est là, le chemin de notre émancipation !