Mais je sers à quoi, moi ?

2 ans. Ca fait 2 ans. Que je montre, re-montre, explique, re-explique, pédagogiquement, avec patience, amour, gentillesse…

Que je montre quoi ?

Au petit de l’Homme à faire ses lacets.

Mais crise à chaque fois, refus de les faire, déclaration tranchée « mais chais pas faire, c’est tout ! », mur.

Et chaussures à scratch, histoire de ne pas le traumatiser à la gym face aux copains.

Cet été, le petit de l’Homme s’est découvert une nouvelle passion : le tennis. Il se voit déjà réincarné en Nadal-Federer (mais en mieux).

On lui achète donc le parfait équipement digne du futur détenteur du grand chelem qu’il est sûrement : des chaussures de tennis (une raquette aussi, mais ce détail est totalement accessoire dans ce récit, sachez-le). Pas de bol, sa pointure ne se fait plus en « chaussures à scratch », il faut passer aux lacets.

« Bon, là, je vais te remontrer comment on les fait, non ? Tu vas devoir peut-être les faire pendant ton stage ! »

« Non, je ne sais pas les faire »

Devant son évidente mauvaise foi, je craque : « Ok, tu devras demander à quelqu’un de t’aider et tu te taperas la honte devant tout le monde, si c’est ça que tu veux… »

Mon côté grande pédagogue atteint des sommets, là, je confirme.

Il revient le lundi soir, je le questionne « et alors, tes chaussures ?  »

Réponse du mec pas traumatisé du tout : « on m’a aidé, ça va »

Bon.

Le mardi soir, retour itou. Passage par la plaine de jeux, histoire de profiter du soleil. Et là je le vois, penché sur ses baskets, en train de refaire ses lacets, impeccablement.

« Ben tu sais faire tes lacets, toi, maintenant ? »

« Ben ouais. La monitrice m’a montré et je me suis entraîné ensuite, je sais les faire, tu veux que je te montre ? »

Il est fier comme Artaban.

Mon sang ne fait qu’un tour, mon côté pédagogue aussi.

« Mais punaise, moi, ça fait 2 ans que je te montre !!!! Je sers à quoi, MOI ? »

Il me regarde calmement, posément et répond tranquillement avec une petite voix toute douce et réconfortante :

« Toi ? Mais… Toi, tu as servi à me faire, enfin ! Je serais pas là, sans toi ! »

Je fonds instantanément.

Et il rajoute, sérieux…

« Et je pourrais pas faire de stage de tennis, du coup ! »

On est d’accord. C’est imparable.

Punaise, j’aurais dû y penser, non ?

 

 

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